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Où on va, papa ?

Où on va, papa ?

Sortie le 3 mars 2010

Le livre de poche

150 pages

5,58 €

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"Cher Mathieu, cher Thomas,
Quand vous étiez petits, j ai eu quelquefois la tentation, à Noël, de vous offrir un livre, un Tintin par exemple. On aurait pu en parler ensemble après. Je connais bien Tintin, je les ai lus tous plusieurs fois.
Je ne l ai jamais fait. Ce n était pas la peine, vous ne saviez pas lire. Vous ne saurez jamais lire. Jusqu à la fin, vos cadeaux de Noël seront des cubes ou des petites voitures... "

Jusqu à ce jour, je n ai jamais parlé de mes deux garçons. Pourquoi ? J avais honte ? Peur qu on me plaigne ?
Tout cela un peu mélangé. Je crois, surtout, que c était pour échapper à la question terrible : « Qu est-ce qu ils font ? »
Aujourd hui que le temps presse, que la fin du monde est proche et que je suis de plus en plus biodégradable, j ai décidé de leur écrire un livre.
Pour qu on ne les oublie pas, qu il ne reste pas d eux seulement une photo sur une carte d invalidité. Peut-être pour dire mes remords. Je n ai pas été un très bon père. Souvent, je ne les supportais pas. Avec eux, il fallait une patience d ange, et je ne suis pas un ange.
Quand on parle des enfants handicapés, on prend un air de circonstance, comme quand on parle d une catastrophe. Pour une fois, je voudrais essayer de parler d eux avec le sourire. Ils m ont fait rire avec leurs bêtises, et pas toujours involontairement.
Grâce à eux, j ai eu des avantages sur les parents d enfants normaux. Je n ai pas eu de soucis avec leurs études ni leur orientation professionnelle. Nous n avons pas eu à hésiter entre filière scientifique et filière littéraire. Pas eu à nous inquiéter de savoir ce qu ils feraient plus tard, on a su rapidement ce que ce serait : rien.
Et surtout, pendant de nombreuses années, j ai bénéficié d une vignette automobile gratuite. Grâce à eux, j ai pu rouler dans des grosses voitures américaines.

Jean-Louis Fournier

Pour la première fois dans son oeuvre, Jean-Louis Fournier parle de ses garçons, pour ses garçons. Parce que le temps presse et qu il faut dire autrement. Dire autrement la question du handicap, sans l air contrit ou la condescendance.
Comme il l a fait en 1999 en évoquant son père, Jean-Louis Fournier conserve, pour ce nouveau roman, l équilibre maîtrisé entre le drôle et la désespérance.

Biographie de l'auteur
Jean-Louis Fournier est l auteur de nombreux succès depuis 1992 (Grammaire française et impertinente), Il a jamais tué personne mon papa (1999), Les mots des riches, les mots des pauvres (2004), Mon dernier cheveu noir (2006). Autant de livres où il a pu s entraîner à exercer son humour noir et tendre. Où on va, papa est peut-être son livre le plus désespérément drôle.

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Peut-on rire de tout ?

La fameuse question et la non moins fameuse réponse "oui mais, pas avec tout le monde" prouve toute sa justesse avec le livre de Jean Louis Fournier. Pendant 150 pages éblouissantes de drôlerie et de tendresse, il nous dresse un portrait "iconoclaste" de ses deux enfants "pas comme les autres" dans la longue lettre qu'il adresse à Mathieu, parti chercher son ballon dans un endroit où on ne pourra plus l'aider et à Thomas qui a la tête de plus en plus dans les nuages, il nous fait partager quelques moments de sa vie avec ses deux petits mioches cabossés.

Digne copain de Desproges, il cache avec un humour noir brillantissime un désarroi et une tristesse de tous les instants. Sa bouleversante culpabilité, quand il écrit, "je n'ai pas été un très bon père, souvent je ne vous supportais pas. Vous étiez difficile à aimer" colore ce livre d'une intense émotion.

Avec brio, il la dissimule derrière des formules irrésistibles comme :

"un enfant handicapé ne fume pas, il se drogue avec les... tranquilisants qu'on lui donne".

"Un père d'handicapé doit avoir une tête d'enterrement, question de savoir vivre"

"ils n'apprécieront jamais Mozart, Berlioz, Monet, Renoir... mais ils adorent les frites".

Les histoires savoureuses se suivent jusqu'à nous faire éclater de rire malgré la terrible situation. Sous couvert d'humour et de provocation, il nous fait nous interroger sur notre comportement face à ces parents durement touchés et à leurs enfants. Quelle évidence que d'écrire que ce témoignage, baigné de tendresse touchera les plus durs. Que de pudeur, de solitude, de désespoir, de colère, mais aussi, que d'espoir quand il parle de Marie, sa fille, si belle, si intelligente... "normal, nous avions fait deux brouillons avant".

Lisez vite ce livre jamais raccoleur, toujours juste et décidément "oui on peut rire de tout mais pas avec tout le monde parce que Jean Louis Fournier n'est décidément pas tout le monde !

Gérard Collard

Gérard et Marina vous en parlent également en vidéo

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