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2 novembre 2011
L'avis de Gérard Collard sur le Prix Renaudot et le Prix Goncourt
En cette période automnale, les prix littéraires commencent à tomber en même temps que les feuilles mortes.
Le jury du Prix Goncourt a décerné ce midi son prix 2011 à un professeur lyonnais, Alexis Jenni pour son premier roman «L’Art français de la guerre» parut aux éditions Gallimard.
L’Art français de la guerre de Alexis Jenni aux éditions Gallimard
J’allais mal; tout va mal; j’attendais la fin. Quand j’ai rencontré Victorien Salagnon, il ne pouvait être pire, il l’avait faite la guerre de vingt ans qui nous obsède, qui n’arrive pas à finir, il avait parcouru le monde avec sa bande armée, il devait avoir du sang jusqu’aux coudes. Mais il m’a appris à peindre. Il devait être le seul peintre de toute l’armée coloniale, mais là-bas on ne faisait pas attention à ces détails. Il m’apprit à peindre, et en échange je lui écrivis son histoire. Il dit, et je pus montrer, et je vis le fleuve de sang qui traverse ma ville si paisible, je vis l’art français de la guerre qui ne change pas, et je vis l’émeute qui vient toujours pour les mêmes raisons, des raisons françaises qui ne changent pas. Victorien Salagnon me rendit le temps tout entier, à travers la guerre qui hante notre langue.
Qui dit Prix Goncourt, dit Prix Renaudot… Et ce prix revient cette année à un exclu du Prix Goncourt… Il s’agit d’Emmanuel Carrère pour son livre Limonov.
- Limonov d’Emmanuel Carrère aux éditions POL
« Limonov n’est pas un personnage de fiction. Il existe. Je le connais. Il a été voyou en Ukraine ; idole de l’underground soviétique sous Brejnev ; clochard, puis valet de chambre d’un milliardaire à Manhattan ; écrivain branché à Paris ; soldat perdu dans les guerres des Balkans ; et maintenant, dans l’immense bordel de l’après-communisme en Russie, vieux chef charismatique d’un parti de jeunes desperados. Lui-même se voit comme un héros, on peut le considérer comme un salaud : je suspends pour ma part mon jugement. C’est une vie dangereuse, ambiguë : un vrai roman d’aventures. C’est aussi, je crois, une vie qui raconte quelque chose. Pas seulement sur lui, Limonov, pas seulement sur la Russie, mais sur notre histoire à tous depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale ».
Ecoutez la réaction de Gérard Collard sur les résultats
Mais nous ne pouvions pas juste vous donner le nom des gagnants, il fallait aussi vous parler de l’outsider. Celle qui a eu 3 voix contre 5 pour être le Prix Goncourt 2011. C’est Carole Martinez et son nouveau roman du Domaine des murmures chez Gallimard.
Évidemment, le sujet est moins d’actualité et on peut comprendre le choix du jury. Mais finalement, le thème emprunté par l’auteur était plus risqué donc plus intéressant et mérite ici d’être salué. Après l’énorme succès du livre Le coeur cousu, il paraissait assez incroyable de faire un roman dont le pitch est « l’histoire d’une jeune fille de 15 ans qui décide de se faire emmurer vivante jusqu’à sa mort pour échapper à un mariage de raison auquel elle ne consent pas. »
Et pourtant, l’enchanteresse des mots qu’est Carole Martinez nous offre une fois de plus un roman plein de magnificence et de beauté. A aucun moment on n’a le sentiment d’être restreint, car dès que Esclarmonde est enfermée, les choses prennent une tournure inattendue, pleine de suspens et de surprises. Au final, la fable prend une dimension universelle et nous apprend quelque chose de très important sur nous-mêmes, nos croyances, le pouvoir et le poids de nos choix.
Dans ce second livre, Carole Martinez nous surprend encore, sans jamais se départir de son fabuleux style poétique et envoutant, elle amène une réflexion profonde et l’on sait maintenant que le coeur cousu n’était pas fortuit, mais le révélateur d’un énorme talent qui nous promet d’autres chefs-d’œuvre à venir… Et on s’en réjouit d’avance.
Marie-web
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