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28 octobre 2009

Interview de Sophie Marvaud en dédicace le 7 novembre prochain

Interview de Sophie Marvaud
par Marie, webmaster de la Griffe Noire.


Découvrez cet auteure jeunesse que nous adorons, qui rendra vos enfants calés en Histoire
sans qu'ils s'en rendent compte et qui les passionnera avant tout.
Venez la rencontrer en dédicace le 7 novembre prochain à la Griffe Noire
et si vous habitez trop loin, commandez ses livres et complétant votre commande par un email
(à l'adresse qui vous a envoyé la confirmation de votre commande).
Je les ferai dédicacer avec le nom des enfants que vous m'aurez indiqué dans l'email.


- Tous vos livres ont une forte implantation historique. D’où vous vient cette passion pour l’Histoire ?

La grande Histoire a joué un rôle important dans la « petite histoire » de ma famille.
Ma mère est née quelques jours avant l’arrivée des Allemands dans le Nord de la France.
Ma grand-mère s’est retrouvée, seule, à pied, sur les routes de l’exode, avec un
nouveau-né et un enfant d’un an et demi. Elle a traversé la France jusqu’à Chambéry
sous les bombardements et avec l’impossibilité de nourrir correctement ses enfants.
Ce début de vie a marqué pour toujours la vision du monde de ma mère : terrible,
effrayante. De son côté, mon père a également été très marqué par sa petite enfance
vécue pendant la Seconde Guerre mondiale. Pour me dégager de cette histoire, j’ai
eu besoin de la comprendre à fond. J’ai eu la chance de bien connaître mes grands-parents,
que j’ai pu interroger. J’ai beaucoup lu à ce sujet également. Tout ce travail m’a fait
prendre conscience de l’impact de l’Histoire sur nos vies en général, transmis de
génération en génération. Je pense qu’il est indispensable de la connaître pour prendre du recul.
Et aussi pour mieux mesurer la chance que nous avons de vivre dans un pays en paix.


- “Ghost secret” est un concept original, pour faire découvrir des périodes clés de
l’Histoire aux plus jeunes, tout en s’amusant et en restant dans le domaine du
fantastique (qui leur plaît beaucoup à cet âge là), comment vous est venue l’idée ?


J’avais très envie de donner aux enfants quelques bases solides en Histoire, avec des
notions justes. Mais ce n’était pas facile de les intéresser avec des évènements aussi
éloignés de leur vie ! Or, puisque chaque volume devait se passer à une époque
différente, il fallait trouver un moyen original de voyager dans le temps. Alors,
pourquoi pas faire intervenir un fantôme qui a fait une grosse bêtise ? C’était rigolo.
Et tout de suite, cela créait une connivence entre l’enfant et l’Histoire !
Je vois aujourd’hui dans les signatures en librairies et les salons que ça marche effectivement très bien.


- Dans vos deux collections pour les ados, vous racontez l’histoire de deux héroïnes
au caractère fort, encore une fois impliquées dans un tourbillon de l’Histoire.
Est-ce important ce que ce soit des femmes ?


Pendant très longtemps, l’Histoire des femmes a été passée sous silence. Tout simplement
parce que les témoignages écrits étaient presque tous laissés par des hommes.
Mais c’est quand même dommage de ne connaître que l’Histoire de la moitié de nos ancêtres !
Aujourd’hui, les historiens défrichent cette immense terre inexplorée…
C’est donc enfin l’occasion de raconter des histoires nouvelles et formidables,
mettant en scène des héroïnes. Par ailleurs, la littérature jeunesse a encore beaucoup
moins d’héroïnes que de héros. Beaucoup d’auteurs femmes préfèrent prendre des héros,
parce que leurs livres alors se vendent mieux. Les parents ont souvent peur d’offrir
à leurs garçons des livres avec des filles pour héroïnes. Alors que les garçons
rêvent de mieux comprendre ce qui se passe dans la tête des filles !
J’ai essayé de surmonter cette difficulté dans « Le secret des cartographes »
en présentant l’aventure d’un groupe de filles et de garçons.


- Vous documentez-vous beaucoup pour écrire vos histoires ?

Oui, énormément. Je suis une maniaque du détail historiquement juste. Pour « Suzie la rebelle »
j’ai bénéficié des souvenirs très précis de ma grand-mère paternelle sur la Première Guerre mondiale.
C’est d’ailleurs pour ça que France Culture dans l’émission
« La fabrique de l’Histoire » a recommandé sa lecture aux adultes. Pour le deuxième tome,
sur Marie Curie, j’ai pu consulter les archives de l’Institut Curie.
J’ai également été dans des bibliothèques spécialisées dans l’Histoire des femmes.
Pour « Le secret des cartographes », le travail de documentation a été encore plus fou :
mes personnages font le tour du monde au XVII° siècle et je voulais que mes lecteurs
comprennent les enjeux politiques et économiques de la cartographie.
Sans Internet, je n’aurais jamais réussi. J’y ai trouvé beaucoup d’informations difficiles
à trouver en France. Notre pays a une histoire si riche et si ancienne
que son chêne majestueux cache parfois la forêt de l’Histoire de ses voisins…


- Comment travaillez-vous pour concevoir une histoire ? Qu’est-ce qui vous inspire ?
Comment travaillez-vous à la construction : est-ce la période de l’Histoire où
le personnage principal qui vous inspire en premier ?


Il s’agit en fait d’une rencontre. Entre une période qui m’intéresse et un personnage qui
éveille mon imagination. Pour « Le secret des cartographes », je connaissais l’histoire
vraie de la jeune femme peintre Artemisia Gentileschi. J’ai eu envie d’inventer
une suite moins tragique à l’horrible procès qu’elle avait vécu.


- Est-ce vous connaissez déjà la fin du dernier tome du “Secret des cartographes”
et de “Suzie la rebelle”, ou l’inventerez-vous le moment venu ?


Je sais enfin ce qui va arriver à mes personnages, parce que j’ai fini d’écrire leurs aventures !
Dès le début de chaque série, j’avais une idée de là où j’allais, mais je n’avais pas
encore inventé les péripéties pour y arriver. Sinon, je me serais ennuyée à les écrire !
Le tome 3 du « Secret des cartographes » paraîtra en mars 2010.
Le tome 3 de « Suzie la rebelle » est tout frais, tout chaud : il vient de sortir !
Il raconte une histoire d’espionnage à un moment de grande fébrilité, à Paris,
en 1919, quand se prépare le traité de paix. On l’a oublié aujourd’hui. Mais deux jours avant la signature,
les Allemands envisageaient encore de reprendre la guerre !
Alors qu’en parallèle, la révolution en Russie offrait un immense espoir de justice,
mais déclenchait aussi des violences terribles.


- Combien y aura-t-il de tomes pour chacune de vos séries ?

Pour « Le secret des cartographes » et « Suzie la rebelle » le tome 3 sera le dernier.
Je n’exclus pas en revanche de faire revivre mes personnages plus tard, dans une autre période de leur vie.
Quant à « Ghost secret », le volume 11 doit paraître ces jours-ci, en novembre 2009.
Chaque fois que je vois une étoile filante, je fais un vœu :
que comme vous, Marie, les libraires jeunesse ouvrent un volume de la série et le lisent
, malgré les réticences qu’ils ont vis-à-vis de la Bibliothèque Rose. J’ai besoin d’eux et des enseignants
pour que ces livres originaux, un pari un peu fou de l’éditeur, trouvent leur public.


- Quel(s) livre(s) emporteriez-vous sur une île déserte et pourquoi ?

Tout dépend si j’ai une chance de m’échapper de cette île un jour ! Mes livres préférés sont
ceux que je n’ai pas encore lus, qui me promettent un bonheur inconnu… Cela dit,
j’ai un gros faible pour les romans de David Lodge (qui me servent d’antidépresseurs en cas de besoin).
Je me sens proche de son obsession du réalisme,
même si dans son cas, c’est l’époque contemporaine qu’il croque. Je crains malheureusement
qu’il soit difficile d’écrire le même genre de romans en France.
L’humour réaliste n’y a pas très bonne presse. Alors qu’à mon avis, c’est ce qu’il y a de plus difficile à faire.


- Aimiez-vous les livres pour enfants quand vous étiez petite ? Lesquels vous ont marqués ?

J’ai beaucoup lu quand j’étais petite, tout ce qui me tombait sous la main. J’ai eu le sentiment
que les livres me sauvaient la vie. Les auteurs jeunesse étaient pour moi des héros
qui sauvaient les enfants ! Pas étonnant que j’ai eu envie d’être « un héros » moi aussi.
Plus tard, à l’adolescence, je lisais surtout des pièces de théâtre.
Cela m’a appris la concision, très utile en littérature jeunesse. Et grâce à ces lectures,
je me sens aujourd’hui à l’aise lorsque j’écris des dialogues.


- En dehors des vôtres, quels livres actuels conseilleriez-vous aux enfants et aux ados ?

Parmi ceux que j’ai lus récemment, j’ai adoré la série d’Hélène Montardre : « Océania » qui raconte
la montée des océans dans un futur proche, ainsi que celle de Valérie Guinot : « Azilis »,
qui reprend la légende arthurienne d’une manière tout à fait nouvelle.


- Quels messages avez-vous voulu faire passer dans:
- Ghost secret,
- Le secret des cartographes,
- Suzie la rebelle ?


Aucun message en particulier. J’espère à chaque fois que mes lecteurs vont être emportés
par l’intrigue et les personnages. Le fait de connaître un peu mieux l’Histoire
des hommes qui nous ont précédés ne peut qu’élargir notre vision de la vie,
nous rendre plus ouverts, curieux, intelligents, humains...

Sophie Marvaud